Mercredi 13 juin 2007
Article écrit par Régis Bros, PDG de Gis Technologies

Ca y est, après plus de 20 ans d’attente, on l’a enfin notre TGV Est. Et elle a fière allure cette grosse chenille grise et bleu qui se déplace à la vitesse modique de 320 km/h. A côté, le TEOZ fait pâle figure d’ancêtre du néolithique de l’ère du rail (de coke). On en voit encore, relégués au fin fond d’un quai, vestiges d’une époque révolue, prêts à témoigner leur histoire dans un musée, ou plus vraisemblablement au sein d’une boite de petits pois jouxtant les boites de lentilles, issues, elles, de carcasses automobiles : elles n’ont pas les mêmes valeurs.

A côté du confort, du look et de la vitesse, ce qui ne change pas, c’est l’ambiance de la gare avant l’embarquement : derniers au revoir d’amoureux transis qu’on dirait collés par les lèvres avec du cynoacrylate (pour ne pas nommer une marque de glu que Dominique Besnehard qualifierait de « sssssupeeeeer ! ») ; dernier check-up d’un groupe de marmots qui partent en vacances*, excursion*, vrille*. D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez remarqué mais les monos ont toujours la fâcheuse habitude de dire : « tout le monde est là ? » Et hop, on compte : 1, 2, 3, …..Et au bout du compte, il en manque toujours un ou deux qui étaient partis satisfaire un besoin naturel urgent. C’est bien le moment. Sale gosse, tu peux pas pisser au réveil comme tout le monde ?

(*) rayer la mention inutile.

Départ imminent, fermeture des portes. 10 minutes auparavant, j’étais monté dans le train (parce que, oui, moi je suis toujours à l’heure pour prendre mon train, même si, sur le chemin de la gare, j’ai dû me la jouer Sébastien Loeb pour éviter les bouchons, les feux, les travaux, le service propreté, etc…). Chouette, ma place est à la fenêtre, pas de vis-à-vis, dans le sens de la marche, bref, une place nickel. Et là, c’est le drame : je m’apprête à poser mes fesses lorsque je vois qu’une petite vieille décrépie par tant d’années de dur labeur au point qu’elle décide de rattraper en amortissant sa carte sénior, squatte MA place. Connasse, y a pas assez de places dans ce putain de train ? Non, faut qu’elle ait son cul sur MA place. Une fois à sa hauteur, alors que j’avais mûrement pensé à la traiter de tous les noms si bien qu’elle finirait le voyage les pieds devant, ma tirade létale se transforme comme par enchantement, sur un ton mi-agacé, mi-embarrassé, en un « Excusez-moi, vous avez quel numéro de place ? »
La question de la mort qui tue la vie la nuit. Et vu la tête de la mémé, c’est le genre de question sur laquelle, si t’es chez Foucault, 100 000 euros en jeu, tu te dis « Tout, mais pas le numéro de place ».
Là, avec une voix d’outre-tombe, semblant défier toutes les lois de l’acoustique, mi-E.T, mi-Dark Vador, elle me sort un laïus digne du best of des discours de campagne de Vincent Auriol. Ca commence bien. C’est pas grave, je permute avec la vioc, qui, il faut l’avouer, avait vraiment une place de merde. Car non seulement, elle n’était pas dans le sens de la marche, mais en plus, tu sais, les mioches du quai…Ben c’est pour bibi, avec en option obligatoire : beuglements bitonaux présageant une adolescence imminente, bonbons sentant plus la chimie que tout le stock de mon labo de DEA, et lecteurs mp3, signes extérieurs de richesse qui ont supplanté nos bons vieux balladeurs à cassette.
Après moins de 2 heures de rail pendant lesquelles j’ai essayé tant bien que mal de :

-    repérer le bled dans lequel je passais ;
-    faire la grille de mots croisés/sudoku du 20 minutes/metro ;
-    pensé à la pub des Nuls « Hassan Céhef, ci poussib’,

J’arrive !!!!!

Et comme à chaque fois qu’on quitte un moyen de transport qui aura fait parcourir plus de 10 km, une réflexion vient à l’esprit : « Mais qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère ? »
Voici le tableau : une gare dans les champs au milieu de nulle part, un parking désert, quelques âmes dont on ne sait si elle sont aussi perdues que toi. Je scrute l’horizon pour voir éventuellement mon point de chute, et là, je n’ai qu’une seule envie : faire demi-tour.
Mais non, à présent, je ne peux plus reculer. Il me faut affronter la dure réalité de la vie civilisée, et là, un seul outil comme planche de salut : ma langue. Car pas de plan, pas de carte, pas de panneau ; pire que Koh-Lantah. Ma mission, si je l’accepte, est de rejoindre le centre-ville par quelque moyen que ce soit : bus, taxi, pieds, ramping, rafting, parachute ascensionnel, fusée interstellaire, etc…
Fin de l’aventure. Le TGV est malgré tout un excellent moyen de locomotion, et dans le cas où ça ne plait pas,

la prochaine fois, tu prendras l’bus…
Par ML - Publié dans : les-marmottes-dans-le-chocolat
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